Père d’un viticulteur dont le décès est lié aux pesticides, Jacky Ferrand veut briser l’omerta sur le sujet

Le 11 décembre, Jacky Ferrand postait sur sa page Facebook ce simple message : « 11 décembre 2011 - 11 décembre 2014… Trois ans de chagrin… » Cette date marquait l’anniversaire du décès de son fils Frédéric, à 41 ans. Des suites d’un cancer métastasé, après avoir manipulé pendant vingt ans des produits de traitement de la vigne.
Sur son lit de mort, Jacky Ferrand lui a promis de poursuivre le combat pour une prise de conscience du milieu viticole face au danger que font peser les pesticides. « Moi le premier, j’ai expérimenté ces produits quand j’étais technicien à la station viticole du Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC). Moi aussi, je suis responsable de la mort de mon fils », glisse-t-il.
Moulins à vent
À 68 ans, « fatigué », il a pris un peu de recul vis-à-vis de l’association Phytovictimes fondée par Paul François, cet agriculteur charentais dont le combat contre Monsanto a été fortement médiatisé. Mais il continue volontiers à se déplacer quand il est invité à un débat et à marteler son discours, notamment via les réseaux sociaux. « On se bat contre des moulins à vent. Le monde viticole me déçoit beaucoup, la FDSEA [NDLR : syndicats] particulièrement. Il ne faut pas soulever le couvercle. Quand Frédéric allait se faire soigner en oncologie à Bordeaux, il se trouvait dans un groupe de huit, tous viticulteurs, tous âgés d’une quarantaine d’années. »
Jacky Ferrand, affable derrière de belles moustaches, a grandi dans une famille protestante et humaniste. Sa truculence va de pair avec un sens fervent de l’engagement. « Quand Frédéric était enfant, il a été victime d’une leucémie, dont il a guéri, et qui n’a rien à voir avec le cancer qui l’a tué. Pendant cinq ans, tous les quinze jours, je faisais l’aller-retour à Tarbes où il passait sa convalescence entre les séances de traitement. Cela faisait 380 kilomètres, on arrivait le soir à 23 heures, je dormais deux heures et je repartais pour être au boulot le lendemain à 8 heures », raconte-t-il.
Cette épreuve a soudé la famille et forgé un peu plus un état d’esprit de « battant ». Quand il était responsable du service viticulture au BNIC, Jacky Ferrand a ferraillé pour que les ressortissants de la viticulture soient considérés au même titre que ceux du négoce. Il a aussi donné vingt ans de bénévolat à l’Association pour les gens du voyage de la région de Cognac, qu’il a présidée neuf ans.
« Ma position c’est de foncer, mais pas d’être agressif. Tout devrait passer par la discussion », insiste-t-il. Pointant un paradoxe : les mêmes sociétés, ou « leurs cousins germains », produisent à la fois les pesticides et les médicaments de traitement contre le cancer… « Ce sont les mêmes choses qui nous tuent et qui soignent. Ils font des recherches pour guérir l’humanité, le traitement du cancer a bien évolué grâce à eux. Mais ils pourraient fonctionner autrement, c’est ce que je leur demande. »






26 décembre 2014
Actualité nationale