Un problème à traiter.

26 décembre 2014

Actualité nationale

Père d’un viticulteur dont le décès est lié aux pesticides, Jacky Ferrand veut briser l’omerta sur le sujet

Un problème à traiter
Jacky Ferrand demande au monde viticole de se mettre autour de la table pour discuter.© PHOTO

PHOTO PH. M.

Le 11 décembre, Jacky Ferrand postait sur sa page Facebook ce simple message : « 11 décembre 2011 - 11 décembre 2014… Trois ans de chagrin… » Cette date marquait l’anniversaire du décès de son fils Frédéric, à 41 ans. Des suites d’un cancer métastasé, après avoir manipulé pendant vingt ans des produits de traitement de la vigne.

Sur son lit de mort, Jacky Ferrand lui a promis de poursuivre le combat pour une prise de conscience du milieu viticole face au danger que font peser les pesticides. « Moi le premier, j’ai expérimenté ces produits quand j’étais technicien à la station viticole du Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC). Moi aussi, je suis responsable de la mort de mon fils », glisse-t-il.

Moulins à vent

À 68 ans, « fatigué », il a pris un peu de recul vis-à-vis de l’association Phytovictimes fondée par Paul François, cet agriculteur charentais dont le combat contre Monsanto a été fortement médiatisé. Mais il continue volontiers à se déplacer quand il est invité à un débat et à marteler son discours, notamment via les réseaux sociaux. « On se bat contre des moulins à vent. Le monde viticole me déçoit beaucoup, la FDSEA [NDLR : syndicats] particulièrement. Il ne faut pas soulever le couvercle. Quand Frédéric allait se faire soigner en oncologie à Bordeaux, il se trouvait dans un groupe de huit, tous viticulteurs, tous âgés d’une quarantaine d’années. »

Jacky Ferrand, affable derrière de belles moustaches, a grandi dans une famille protestante et humaniste. Sa truculence va de pair avec un sens fervent de l’engagement. « Quand Frédéric était enfant, il a été victime d’une leucémie, dont il a guéri, et qui n’a rien à voir avec le cancer qui l’a tué. Pendant cinq ans, tous les quinze jours, je faisais l’aller-retour à Tarbes où il passait sa convalescence entre les séances de traitement. Cela faisait 380 kilomètres, on arrivait le soir à 23 heures, je dormais deux heures et je repartais pour être au boulot le lendemain à 8 heures », raconte-t-il.

Cette épreuve a soudé la famille et forgé un peu plus un état d’esprit de « battant ». Quand il était responsable du service viticulture au BNIC, Jacky Ferrand a ferraillé pour que les ressortissants de la viticulture soient considérés au même titre que ceux du négoce. Il a aussi donné vingt ans de bénévolat à l’Association pour les gens du voyage de la région de Cognac, qu’il a présidée neuf ans.

« Ma position c’est de foncer, mais pas d’être agressif. Tout devrait passer par la discussion », insiste-t-il. Pointant un paradoxe : les mêmes sociétés, ou « leurs cousins germains », produisent à la fois les pesticides et les médicaments de traitement contre le cancer… « Ce sont les mêmes choses qui nous tuent et qui soignent. Ils font des recherches pour guérir l’humanité, le traitement du cancer a bien évolué grâce à eux. Mais ils pourraient fonctionner autrement, c’est ce que je leur demande. »

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